Les natifs du numérique sont-ils aussi les illettrés du numérique ?

Je sais déjà que le titre va faire bondir nombre de personnes de la génération Y (milieu des années 1980 jusqu’au milieu des années 1990) qui auront envie de me sortir un « OK boomer » mal placé, étant donné que je suis né pile dans la génération X, qui a succédé aux baby boomers.

Il est vrai que la génération qui n’a connu qu’un environnement numérique, elle est née avec le nouveau millénaire et qu’elle est agée au pire que d’une vingtaine d’années. Je parle des adolescents actuels, celles et ceux qui préparent leur examens de fin de secondaire ou ont été fraîchement diplomés depuis 2017-2018.

Ce qui me fait rire, c’est l’expression « natifs du numérique » comme si leur date de naissance leur donnait une connaissance infuse de tout ce qui est environnement numérique : réseaux (a)sociaux divers, écrans tactiles, ordinateurs classiques (même si on annonce leurs morts avec une régularité de pendule helvète). Comme si les personnes nées depuis l’an 2000 dès qu’elles sont en âge d’aller à l’école savent utiliser parfaitement les dits outils sans le moindre apprentissage. Ce qui est marrant… Et complètement déconnecté de la réalité.

En quoi poster des photos ou de courtes vidéos sur le dernier réseau (a)social à la mode fait de vous un expert ? Quid de la maitrise des informations qu’on laisse fuiter par accident ? Savoir se débrouiller avec un écran tactile ne fait pas de vous une personne experte en numérique, loin de là.

Est-ce qu’un gamin ou une gamine de 10 ans est capable de comprendre les implications liées à telle ou telle inscription ? Est-ce que le même gamin sera capable d’écrire un courrier électronique sans aucun apprentissage avec une main attachée dans le dos et un oeil caché ? Je ne le pense pas !

C’est pour cela que je parle d’illettrisme numérique, cette fausse impression de maitriser l’outil car on sait cliquouiller avec un doigt boudiné sur un écran au moment qui va bien à l’endroit qui va bien.

Sans oublier la simplification constante des interfaces graphiques sous prétexte de démocratisation. Oui, le point vieux con va sortir.

J’ai commencé l’informatique personnelle à la grande époque des ordinateurs 8 bits qui a connu des produits mythiques comme les ordinateurs TO et MO de Thomson, les Commodore VIC20/C64/C128, les Amstrads CPC. On avait juste une interface en mode texte – même si dès 1984-1985 avec Apple, Atari et Amiga le mode graphique apparait – où il faut se débrouiller pour lancer des programmes en utilisant des commandes cryptiques.

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Vieux Geek, épisode 234 : Magic Desk, l’ancêtre minimaliste de GEOS

J’ai parlé dans l’épisode 230 de l’environnement graphique GEOS dans sa version pour Commodore 128. Bien que celui-ci exista aussi pour Commodore 64, ce n’était pas le coup d’essai de Commodore dans ce domaine.

En 1983, une cartouche proposée par Commodore dénommé Magic Desk poussait à l’extrème le skeuomorphisme de l’environnement de bureau.

C’est quoi le skeuomorphisme ? C’est juste : « […]un élément de design dont la forme n’est pas directement liée à la fonction, mais qui reproduit de manière ornementale un élément qui était nécessaire dans l’objet d’origine. »

Merci wikipedia. En gros, un dessin de calculatrice lancera une calculatrice. Une corbeille servira à virer les documents inutiles, etc.

1983 est une année importante pour l’informatique graphique. C’est l’année où sort le LISA d’Apple, qui propose la première interface graphique grand public – avec un bon compte en banque – qui se manipule à la souris, préparant le chemin pour le MacIntosh en 1984.

1983, c’est aussi l’année où Microsoft lance un projet dénommé « Interface Manager » qui deviendra en 1985 MS-Windows 1.0.

Magic Desktop est fourni sous forme de cartouche pour rendre le chargement quasi-instantané. Cependant, c’est plus un traitement de texte qu’un bureau à part entière. Pour comprendre pourquoi, je vous renvoie à la vidéo ci-dessous.

Comme vous avez pu le voir, c’était vraiment un projet assez restreint, même si certains effets sonores et visuels lui donnait un petit goût d’avancement. On peut penser qu’une suite était prévue, mais que le projet a dû être abandonné, le Commodore 64 étant essentiellement un ordinateur ludique… Et piloter une interface graphique utilisateur au joystick, c’est pas le pied !

En vrac de milieu de semaine…

Un court billet pour se relancer en ce doux mois de septembre. Mais on va y aller doucement, faut pas se brusquer non plus !

Côté informatique :

Côté culture :

C’est tout pour aujourd’hui.

Bonne fin de journée 🙂

Vieux Geek, épisode 233 : Ah, MS-Word 1.x pour MS-Windows :)

Dans l’article précédent de la série « vieux geek », je parlais de MS-Excel, usine à gaz s’il en est une. Cependant, son pendant litterraire, MS-Word n’était pas mal non plus à ses débuts. Surtout qu’il a commencé sa carrière en 1989 pour un certain MS-Windows 2.x.

Oui, cela fait plus de 30 ans que le premier MS-Word pour Windows est sorti. Et surtout, il avait une notion qui n’a été reprise que 18 ans plus tard avec la sortie de MS-Office 2007, le ruban. Largement moins ambitieux que son lointain descendant, est-il besoin de préciser.

Pour vous montrer ce prototype de l’infame interface ruban, j’ai donc créé avec PCem un 386 équipé de 2 Mo de mémoire vive, le tout avec le duo MS-DOS 3.3 et MS-Windows 2.11 pour 386.

Il est quand même étonnant de voir le niveau de complexité du premier MS-Word en interface graphique. Complexité qui n’ira qu’en s’accroissant au fil des années. Et surtout, c’était marrant de voir que le premier ruban était à peu près utilisable, contrairement à son lointain descendant 🙂

Vieux Geek, épisode 232 : Excel 1 pour Mac et 2 pour MS-Windows 2.x, les débuts d’une usine à gaz…

S’il y a bien un logiciel connu qui est l’exemple même de l’usine à gaz, c’est le tableur Excel développé par Microsoft depuis le milieu des années 1980. Il est tellement complet et complexe qu’on peut tout faire avec, sauf piloter une cafetière, et encore je ne suis pas certain.

Ayant succédé à Multiplan en 1985 sur les Macs d’Apple et en 1987 sur les PCs handicapés équipés de MS-Windows 2.x, dès les premières versions, on peut se dire que c’est une sacrée usine à gaz. Ne serait-ce qu’avec le nombre de fonctions proposées et supportées (une petite centaine ?) que dans les tailles des feuilles, qui proposent dès 1985-1987 quelque chose comme 16384 lignes 🙂

À l’origine, je voulais faire un article uniquement sur Excel 1.0 sorti en 1985 sur les macs de l’époque, mais j’ai décidé de rajouter la première version pour MS-Windows. Histoire de montrer les débuts d’Excel.

Vous avez pu le voir, on a déjà les prémisses de ce qui va devenir le synonyme du tableur. Rien que le nombre de fonctions disponibles est déjà impressionnant, surtout quand on sait que les versions en question date du milieu des années 1980.

C’était les premiers pas vers les versions qui permettront à Microsoft de faire taire la concurrence dans le monde bureautique. Qui n’a jamais roulés des mécaniques en disant : « Tu vois, j’ai fait un tableau croisé dynamique dans Excel » ? Qui ? 😀