Le tableau noir, c’était un bloc de bois et d’ardoise, un peu cabossé, un peu terne, mais diablement vivant. On y écrivait avec de la craie, cette petite baguette blanche qui se cassait dès qu’on appuyait trop fort. Elle crissait parfois, faisant grincer des dents des générations d’écoliers. Mais elle avait ce charme tactile que les écrans n’auront jamais.
La poussière de craie, c’était presque un personnage à part entière. Elle s’accrochait aux doigts, aux manches, aux cheveux. Elle formait un petit nuage quand on effaçait trop vite, un nuage qui sentait l’école, le sérieux, l’effort. Sans oublier les séances de frappe avec les brosses à effacer sur les murs et les troncs d’arbres. Gare aux personnes allergiques à la dite poussière, c’était une arme de destruction massive à elle-seule.
Maintenant, on a des tableaux interactifs, des stylets numériques, des surfaces qui brillent plus que les yeux d’un élève le dernier jour avant les vacances. C’est pratique, oui. C’est propre, oui. C’est moderne, évidemment.
Mais c’est froid. Ça ne crisse pas, encore heureux ! Ça ne laisse pas de traces sur les doigts.
On a troqué la poussière contre des pixels, la craie contre des menus déroulants. Et on a perdu ce contact physique avec les tableaux noirs, et notre peur qui torturait les intestins quand on était appelé à corriger un exercice de maths en direct avec le ou la prof qui semblait dégager une dose de sadisme. Voir souffrir l’élève, c’était un plaisir de fin gourmet à l’époque.
Et un lâche soulagement quand on n’était pas appelé. Il fallait juste le cacher, rester discret.
Aujourd’hui, tout est propre, net, calibré. Mais parfois, juste parfois, on aimerait réentendre ce petit tchik-tchik de la craie qui court sur l’ardoise… Ou pas !
T’aurais pas utilisé un agent IA pour générer ce texte ?
Non, pourquoi ?
Ah d’accord, parce que le style de rédaction très imagé me fait énormément penser à la façon d’écrire des IA 😅
Il m’arrive aussi d’avoir un style imagé par moment. C’est juste en fonction de l’inspiration 🙂
Taper les brosses contre les plaques d’égoût dans la cour aussi.
De mon école élémentaire, je me rappelle la marque des craies utilisées : Juvenilla. Une boîte savoyarde (ou alpine, en tout cas), je crois. Une marque sûrement aussi célèbre et associée au monde scolaire que les colles Cléopâtre, je pense.
Cela dit, j’ai aussi connu (surtout au lycée) les tableaux blancs nécessitant des feutres (les célèbres Conté Velleda…), comme nos ardoises (j’ai toujours la mienne, au passage, dans un tiroir de mon bureau, avec ma calculatrice Casio Collège III rangée dans son emballage d’origine).
Au lycée, c’était les deux : une fois les volets mobiles ouverts, on avait un tableau vert foncé en trois parties 1-2-1 ; tandis que refermés, ça donnait un tableau blanc en deux parties.
Prochain épisode : les rétroprojecteurs à transparents (ces grosses boîtes grises avec une vitre dépolie sur le dessus et une lampe accompagnée d’un miroir à inclinaison ajustable) ? J’ai connu ça jusqu’en fac (malgré la présence de vidéoprojecteurs dans toutes les salles). Ou le papier millimétré ? Les pochettes Canson 24 × 32 cm ? Les croissants vendus 5 francs (soit environ 0,75 € à taux de change constant) à la récré du matin ? Ça peut en faire, des souvenirs à rappeler…
Salut Fred 🙂
J’adore cette rubrique Vioque , une bonne machine a remonter le temps 😉
Sinon, te souviens tu du super compas en bois porte craie et le rapporteur,equerre,regle d’un coloris jaune inoubliable ?
a++
Ça ne me dit rien le trio rapporteur, équerre et règle en jaune. Peut-être que mon cerveau l’a oublié 🙂
Si moi je m’en rappelle aussi. C’était de grands instruments fait exprès pour dessiner sur le tableau à la craie pendant le cours de mathématiques. Je me rappelle de la couleur jaune.
Finalement, je crois me souvenir des dits instruments. Je les avais laissé loin dans ma mémoire, suite aux passages au tableau en cours de maths.
C’était des règles d’un mètre de long aimantées, si mes souvenirs sont bons. J’ai connu ça enfant alors que j’ai 30 ans, donc c’est pas si vieux que ça
En Suisse on avait une planche en bois pour taper la brosse à effacer. Tu as aussi oublié le prof qui lance la craie sur un élève qui fait le cancre 😉
Effectivement quel soulagement de ne pas être appelé au tableau noir.
Les lancers de craie, j’en ai vus que dans des mangas. Jamais en vrai, de ce côté du lac Léman. Sans doute que c’était déjà illégal dans les années 1990 (et avant), sans parler du risque de plainte contre l’enseignant qui aurait fait ça (ça reste une agression physique, après tout).
Vous savez, j’ai bien vu un prof d’Anglais à un an de la retraite fumant à la fenêtre de sa classe dans les années 1980 😀
Oui le fameux « lancé de craie », que le professeur te demandé de ramener, et tu savais parfaitement ce qui allez ce passer 😀
Et lorsqu’il était à court de munition, c’était la brosse qui volée…..
Impensable de nos jours !
Alors oui, il ne faut pas non plus tomber dans les excès, mais on nous apprenait également, la frustration et la discipline ….Ce qui est une leçon de vie….De nos jours les enfants roi Dolto, ne savent pas ce que sais, et au moindre petit confinement se retrouvent chez le Psy…..Je le vois quotidiennement dans mon cadre professionnel et c’est un vrai problème…
Et la craie qui faisait » ÎÎîïïiiaaAAÀÂÂaaaîiirrrrRRRrrr » quand on la tenait de travers
Bonjour j’ai 77 ans j’ai connu étant gaucher l’interdiction d’écrire de la main gauche
par contre pour dessiner j’avais le droit
écrire avec un porte-plume en bois rouge et une plume sergent majore trempée dans de l’ancre violette et quelque fois rouge qui se trouvée dans un encrier en terre cuite émaillée de couleur blanche (on en trouve encore dans les marchés aux puces) placé dans un trou aux coins de la table d’écolier
toujours avec des pleins et des déliés les cahiers étaient beaux et propres et aussi grâce aux buvards
quand quelqu’un frappait à la porte tous les élèves se levaient en signe de politesse
quand j’entends mon beau petit fils prof d’anglais me raconter le comportement des élèves aujourd’hui ; je ne m’étonne plus que le monde s’en va en déroute
Bien que partisan moi aussi d’un minimum de discipline (se lever quand le directeur entre ou attendre que le prof nous invite à s’asseoir étant loin de représenter des abus d’autorité), je rappellerai tout de même que ce ne sont pas les élèves actuels qui sont la cause des problèmes de ce monde, mais des gens entre mon âge et le tien (en gros), qui ont fait les « meilleures écoles » (ENA et autres usines à « élites ») et sont ceux qui ont pris les décisions politiques menant au marasme actuel au cours du dernier demi-siècle.
Ah la craie… Dans le lycée dans lequel j’ai commencé à enseigner, il y avait encore quelques salles de cours qui étaient équipées d’un tableau noir et je m’en souviens encore… Je m’en souviens parce que je redoutais les jours où je devais enseigner dedans. La craie, c’est sympa mais la poussière de craie, c’est l’Enfer quand on est asthmatique.
Bizarrement, je ne regrette pas le tableau noir et je ne regrette pas non plus les tableaux blancs et les marqueurs qui laissaient des traces sur le tableau si on ne l’effaçait pas régulièrement.
Le tableau numérique interactif n’a pas l’odeur des marqueurs ni le bruit de la craie mais il a tous leurs avantages sans leurs inconvénients. Aujourd’hui, j’utilise cet outil pour enseigner et je ne vois vraiment pas ce en quoi le tableau d’antan serait supérieur au TNI que nous utilisons actuellement.
Ça ne rend pas les élèves meilleurs, ça ne rend pas les cours meilleurs non plus mais quand on sait s’en servir (ça s’apprend, souvent en expérimentant avec les élèves – j’aime laisser à mes élèves la possibilité de m’apprendre des choses, quelque fois avec un collègue bienveillant et désireux de partager ses savoirs), c’est un outil remarquable, bien plus utile et performant qu’un tableau classique parce que l’on peut se servir de supports très variés (vidéos, images, animations 3D…) bien plus simplement qu’avec un tableau classique. Définitivement, j’aime trop cet outil pour revenir en arrière et être nostalgique du tableau classique (fut-il à craie ou à marqueurs).
« Je ne vois vraiment pas ce en quoi le tableau d’antan serait supérieur au TNI que nous utilisons actuellement »
Sans que ça ne contrebalance en soi tous les inconvénients que tu listes, il y a un point où ils resteront tout de même imbattables sur les TNI/TBI : les tableaux classiques ne nécessitent pas d’électricité pour être utilisables.
« Sans que ça ne contrebalance en soi tous les inconvénients que tu listes, il y a un point où ils resteront tout de même imbattables sur les TNI/TBI : les tableaux classiques ne nécessitent pas d’électricité pour être utilisables. »
Le fait est que les tableaux blancs/noirs ne nécessitent pas d’électricité pour être utilisés. C’est indéniable. Mais une fois que l’on a dit ça, qu’a-t-on dit ? Pas grand chose en fait.
Ce même argument peut être utilisé pour tous les outils classiques qui ont été remplacés par des outils nécessitant de l’électricité. Par exemple, moi, j’aime utiliser mon ordinateur pour faire mes travaux bureautiques mais il nécessite de l’électricité dont la machine à écrire que ma mère utilise n’a pas besoin. Est-ce à dire que les machines à écrire sont imbattables ? Non. Allons plus loin, cet argument peut aussi être utilisé contre la mécanisation et l’on pourrait dire que la pointe de charbon et le papyrus ne nécessitaient pas de fer ni de plastique contrairement aux machines à écrire et aux ordinateurs… Est-ce à dire que la pointe de charbon et le papyrus sont des outils imbattables parce qu’ils nécessitent le moins de ressources pour être utilisés ? Bien sûr que non. Chacun comprendra bien que le gain en énergie et en ressources est très largement compensé par ce que l’ordinateur permet de faire comparativement à la machine à écrire ou à la pointe de charbon… Il en va de même pour le tableau des salles de cours.
C’est vrai, un tableau blanc/noir est utilisable sans électricité mais, sans électricité, que fait-on avec ? On y inscrit des choses, on peut y dessiner et, si on en a, on peut même y accrocher des cartes (qui nécessiteront d’être remplacées régulièrement sous peine de ne plus être à jour – en 1995, mon instit se servait encore d’une carte de l’Europe qui datait de 1948 – copieusement raturée et annotée, il va sans dire). Tout ce que l’on peut y faire est statique. Si un prof veut présenter une animation sur un tableau blanc (qui ne nécessite pas d’électricité), il devra utiliser un outil qui, lui, nécessitera de l’électricité. Sauf à accepter de produire un cours statique, si un enseignant veut apporter des éléments dynamiques à son enseignement, il ne pourra pas se contenter du tableau noir/blanc. A chaque fois qu’un prof voulait diffuser un contenu, il devait utiliser un rétroprojecteur, un téléviseur ou un vidéoprojecteur et à chaque fois qu’il le faisait, il devait s’assurer que ses collègues ne s’en servaient pas déjà (toutes les classes n’étaient pas équipées et il y avait des priorités).
Est-ce que les tableaux blancs/noirs sont si imbattables que ça en termes de consommation d’électricité si l’on est obligé d’utiliser de l’électricité pour faire autre chose qu’inscrire des choses et dessiner des trucs ?
Un tableau est un outil nécessaire pour enseigner et enseigner nécessite un bon tableau. Il peut y avoir de bons cours avec un mauvais tableau comme il peut y avoir de mauvais cours avec un bon tableau mais je suis certain d’une chose : sans recourir à un vidéoprojecteur et à un ordinateur, un enseignant ne fera jamais le même cours avec un tableau noir/blanc qu’avec un TNI (pour peu qu’il sache s’en servir).
Là où je suis donc d’accord avec toi – parce que ton argument est loin d’être mauvais – c’est qu’un tableau noir/blanc n’a pas besoin d’électricité contrairement à un TNI dont un enseignant se servirait comme d’un vulgaire tableau noir/blanc. Je suis enseignant et des collègues qui se servent d’un TNI comme d’un tableau antique, j’en connais et ça me fait bondir parce qu’ils ne se forment pas et, pour certains, ils refusent d’être formés à l’utilisation de cet outil que je trouve fantastique. Je charrie un peu ton argument parce que je me sers d’un TNI et que je sais animer un cours avec mais ce n’est pas le cas de tous les enseignants (y compris chez les formateurs d’enseignants) ni de ceux qui prétendent les conseiller pendant leur vie professionnelle (les enseignants référents) et encore moins de ceux qui évaluent leur travail et qui n’enseignent plus (le corps des inspecteurs – IEN comme IA-IPR).